Terrain de jeu idéal pour les enfants, on oublierait presque que la cuisine est riche en apprentissages. Eveil des sens, ouverture au monde, moments de transmission et de partage entre l’adulte et l’enfant, il s’en passe des choses en cuisine! C’est ce que nous explique Norbert PREVOT, cuisinier et directeur des études au lycée hôtelier de Metz.

« Le fait de cuisiner devant les enfants, d'y prendre du plaisir, leur donne envie de faire de même. »
Faut il être artiste ou scientifique pour être un bon cuisinier ?
Quand on réalise une recette, on applique des instructions et ce n’est pas pour autant qu’on est cuisinier. L’art de cuisiner, c’est pouvoir transformer les aliments en les connaissant. La cuisine s’appuie donc sur une véritable science, celle de l’alimentation car la chimie de l’aliment est complexe. Il faut connaître l’aliment brut mais aussi transformé (par la chaleur, l’acidité, la découpe…). Puis il faut savoir marier les aliments entre eux. Quand il est artiste, le cuisinier sait réunir dans une assiette des éléments apportant chacun une valeur visuelle et gustative. Il travaille par touches successives pour obtenir en bouche une saveur composée bien particulière. C’est ce que j’appelle de «l’impressionnisme du goût».
Faut-il éduquer son palais pour apprécier la bonne cuisine ?
Oui, l’émotion liée au goût ne peut naître que par l’éducation. L’assiette est souvent un voyage. Mais on ne peut s’évader à partir d’un produit qu’en connaissant son origine. En exerçant nos sens, en exprimant ce que l’on ressent, ce que nous évoque la dégustation de tel ou tel produit, on saura mieux apprécier la subtilité d’une composition culinaire. Le goût peut s’éduquer tout au long de la vie. Même des enfants habitués au Mac Do peuvent, avec un petit apprentissage, apprécier le raffinement d’une cuisine élaborée. Dans notre établissement, les terminales BEP ont accueilli des enfants de 5 à 7 ans et leur ont permis, de façon ludique, de progresser dans la compréhension de leurs sens: la vue (couleur d’une mangue), le toucher (peau d’une pomme ou d’un kiwi), l’ouïe (craquement de chips dans la bouche). Tous les sens interviennent dans l’art gustatif! Notre appréhension du monde dépend de cette capacité par les sens à nous ouvrir au monde. L’ouverture des sens sur l’ensemble de l’univers est essentielle pour comprendre la richesse du monde culinaire.
Comment donner envie aux enfants de faire la cuisine ?
Le comportement des parents est décisif en cuisine car les enfants fonctionnent par mimétisme. Si vous prenez un peu de temps pour cuisiner et faire plaisir à l’autre, les enfants ne s’y trompent pas! Quand vous faites mijoter une blanquette de veau par exemple, ils vous voient passer des heures dans la cuisine, à éplucher, tailler… tel un alchimiste à l’intérieur de son antre avec moult ébullitions et vapeurs qui s’échappent; pour eux, c’est un monde féerique! Votre savoir-faire s’apparente à de la magie. Le fait de cuisiner devant les enfants, d’y prendre du plaisir, leur donne envie de faire de même. Si vous faites une tarte, il veulent disposer les quartiers, manipuler la pâte, goûter un morceau en cachette… Il faut les laisser faire, c’est jouissif pour eux. Mais si on n’a pas de plaisir à le faire, ils ne l’auront pas non plus. Faire ensemble, construire ensemble, c’est partager le même plaisir de préparer du plaisir. Le principe de l’exemple est essentiel pour leur faire aimer la cuisine et l’art culinaire.