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Allaiter son enfant

Entretien avec Anne Adam-Teitgen


 

Savoureux, nutritif et protecteur, le lait maternel donné avec le sein semble le moyen le plus simple et le plus naturel de nourrir et d’élever son enfant. Pourtant aujourd’hui en France, seules 60% des femmes allaitent leur bébé au sortir de la maternité (contre 95% en Finlande et en Norvège et 85% en Allemagne, 75%). Avec le pédiatre Anne Adam-Teitgen, spécialiste de l’allaitement maternel, membre de l’association Allaitement Informations, nous avons décidé de tordre le coup aux idées reçues.

 

  1. 1) Une femme peut-elle ne pas avoir de lait ?

  2. 2) Est-ce que mon lait est assez nourrissant ?

  3. 3) Allaiter, oui, mais jusque quand ?

  4. 4) Infos et contacts

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Allaiter son enfant
« Allaiter est un geste naturel dont toutes les femmes sont capables. »

 

Une femme peut-elle ne pas avoir de lait ?

C’est une crainte très répandue, pourtant sans fondement. Toutes les femmes peuvent produire du lait en quantité suffisante. D’ailleurs, la plupart des femmes produisent plus de lait que leur enfant n’en a besoin et les problèmes d’allaitement liés à la surproduction de lait ne sont pas rares. Les conditions de mise en route des premiers jours, ainsi qu’un allaitement à la demande de bébé, influencent cette production. La production de lait répond à la loi de l'offre et de la demande. Les seins ont une certaine capacité de stockage du lait (variable d’une maman à l’autre) mais c’est aussi bébé qui, en tétant, déclenche une partie de la fabrication de lait. Plus le sein est stimulé, plus il produit. Plus le bébé tète, plus il augmente sa ration. Mettre le bébé au sein le plus tôt possible après la naissance, répondre à sa demande y compris la nuit, est donc important. Les tétées nocturnes demandées par bébé sont d’ailleurs primordiales pour une bonne stimulation et une bonne prise de poids. 

 

Et les baisses de lait ?

Les baisses de lait n’existent pas, ce sont plutôt des « sensations » de baisses de lait. De multiples raisons peuvent faire penser aux mamans qu’elles manquent de lait : une prise de sein inadéquate empêchant le bébé de pouvoir facilement extraire le lait, une mauvaise interprétation des comportements « normaux » du bébé (tétées fréquentes ou regroupées, un bébé qui ne « fait pas ses nuits »,). Un moment donné, de nombreuses mamans sont convaincues (à tort) de manquer de lait et introduisent des biberons de compléments (conduisant au sevrage). Très souvent, il s'agit en fait d’un  « élan de développement » du bébé. Ce sont des jours difficiles survenant avant l'apparition de nouvelles compétences (se retourner, tenir assis...) et à des âges identiques, presque prévisibles : 5-8-12-15 semaines puis environ tous les 2 mois. A ces moments, l'enfant a besoin de réconfort et de sécurité. Il se met à réclamer davantage. Il suffit de proposer le sein à son bébé aussi souvent qu'il le réclame (ne faites pas patienter bébé, il a besoin de ces tétées) et tout rentre dans l'ordre au bout de quelques jours. Déroutée par ce nouveau comportement, la maman est convaincue (et c'est souvent suggéré par l'entourage familial ou médical) de manquer de lait, d'autant que sa poitrine commence à diminuer de volume (ce qui est normal). Le soutien de vos proches est alors essentiel : le papa, la famille, les amis. 

 

Et la fatigue ?

Allaiter ne fatigue pas. Ce qui fatigue beaucoup les premiers temps, c'est un nouveau mode de vie, le chamboulement hormonal, physiologique, familial, émotionnel. Il n’est pas facile de répondre aux besoins d’un nouveau né 24h/24 d’autant qu’on manque vite de sommeil. En fin de tétée, des endorphines sont secrétées, créant alors un sentiment de détente et de bien être chez la mère et l’enfant. Profitez de ce moment pour vous rendormir avec bébé la nuit, lors des siestes... Revoyez votre organisation, évitez toute fatigue inutile, faites-vous aider dans vos tâches ménagères.

 

Et la perte d’autonomie ?

Allaiter est une source de plaisir partagé entre la maman et son enfant. C’est naturel et très peu contraignant. On peut allaiter en se reposant, en marchant, en préparant les repas, en s’occupant des aînés... Un bon porte bébé peut s’avérer très utile. Quelle que soit la situation, on a toujours à portée de main ce qu’il y a de meilleur pour répondre aux nombreux besoins de son bébé. Pas de vaisselle, pas de stérilisation, pas de packs d’eau à acheter et porter... et un bébé allaité peut s’emmener partout (restaurant, sortie entre amis ...) avec beaucoup de facilité ! 

 

Comment le père peut-il alors trouver sa place auprès de bébé ?

Le papa a bien d’autres occasions de créer un lien avec son bébé : bain, change, massage, portage, promenade... Ces activités sont bien plus riches en échanges que celle qui consiste à donner un biberon. Pendant la grossesse, c’est bien maman qui a porté pendant 9 mois, et pourtant il a sans doute déjà pu entrer en communication avec bébé et se rendre utile pour soulager maman. Avec l’allaitement c’est pareil, et il pourra être votre meilleur soutien. L’allaitement est une activité exclusivement maternelle (comme la grossesse), prévue par la nature. Il serait vraiment dommage que le père se substitue à la mère, tous deux sont plutôt de parfaits compléments. La nuit, quand bébé se manifeste, papa peut aller le chercher pour la tétée... 

 

Mes seins sont trop petits

La taille des seins n'a aucune influence sur la quantité de lait produite. En effet la taille dépend du volume de tissu graisseux et non du volume de glande mammaire. Il est normal aussi que des seins tendus en début d’allaitement redeviennent souples par la suite. Cela ne veut pas dire que vous n’avez plus de lait, mais que votre lactation est bien installée ! Quand à l’engorgement et la tension mammaire du tout début (suite à la « montée de lait »), cela se résorbera d’autant mieux que bébé est mis souvent au sein.

 

Je n’ai pas de bouts de sein

C’est votre bébé qui va « faire sortir » vos bouts de sein, en tétant. Il est extrêmement rare qu’une femme ne puisse pas allaiter à cause de mamelons mal formés et il est parfaitement inutile de préparer ses bouts de sein pendant la grossesse. N’oubliez pas que bébé tète aussi l’aréole et pas seulement le mamelon. 

 

On m'a dit qu'allaiter était douloureux

Vous serez surprise par la force de succion d'un nouveau-né. C'est une sensation nouvelle, qui peut être douloureuse pour certaines mamans ! L'important est d'adopter une bonne position pour éviter tout étirement douloureux du mamelon. L'engorgement physiologique des premiers jours se résorbe naturellement en faisant téter bébé à sa demande c'est-à-dire lorsqu’il manifeste des signes d’éveils. N’attendez pas qu’il pleure ! Toute sensation de douleur qui persisterait doit être signalée à la maternité ou aux associations de soutien compétentes afin de trouver rapidement une solution. Les premiers jours qui suivent l’accouchement, les tétées provoquent des contractions utérines, douloureuses pour certaines mamans, mais bénéfiques à son corps : elles permettent à l’utérus de reprendre sa taille normale et d’éviter les hémorragies. Si des crevasses surviennent, elles sont dues à une mauvaise position de bébé au sein ou à un problème de succion de ce dernier. 

 

Qu'est-ce qu'un engorgement ? Comment l'éviter ?

L'engorgement est un oedème du tissu qui entoure les éléments de la glande mammaire. Ce n'est pas une surproduction de lait mais à un mauvais drainage du sein, qui entraîne une inflammation. Le meilleur moyen de l'éviter est de mettre fréquemment bébé au sein et de s'assurer qu'il “vide” bien le sein. 

 

Je suis très pudique, je ne sais pas si j'oserais ...

Personne ne vous oblige à allaiter en public ! Les premiers jours, à la maternité, vous pouvez demander à être seule au moment des tétées. Quand vous serez plus à l'aise, vous pourrez allaiter très discrètement : soulever un pull-over plutôt qu'ouvrir un chemisier, porter un foulard sur l'épaule... On peut aussi allaiter très discrètement et très facilement dans l’écharpe de portage.

 

Je dois accoucher par césarienne, pourrai-je allaiter ?

La première tétée pourra être différée sans que cela ne compromette l'allaitement. On vous aidera, les premiers jours, à trouver une position confortable. N'hésitez pas à demander de l'aide chaque fois que cela sera nécessaire. La présence continue du papa, les premiers jours, peut s’avérer utile. A priori, rien ne vous empêche d'allaiter, même si votre enfant est mis en couveuse pour quelques temps. Dans tous les cas, renseignez vous sur les possibilités offertes par la maternité : avoir son bébé en salle de réveil, faire un maximum de peau à peau ... et informez le personnel de votre désir d’allaiter. L’anesthésie n’est pas un empêchement pour une tétée précoce. Certains bébés, nés par césarienne programmée, peuvent être moins demandeur. Dans ce cas, n’hésitez pas à lui proposer le sein dès qu’il semble plus alerte : période de demi sommeil ou lorsqu’il fait de petits mouvements avec sa bouche.

 

J’attends des jumeaux, pourrai-je allaiter ?

Oui, on peut tout à fait allaiter des jumeaux, il est possible de les allaiter exclusivement et de les allaiter longtemps. On peut les allaiter l'un après l'autre, ou bien les deux en même temps en position ballon de rugby par exemple. C'est selon votre envie, celles de vos bébés, et les circonstances. L'allaitement vous permet un gain considérable de temps, d'énergie et d'argent, denrées particulières précieuses en cas de naissance multiple.

 

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